La première fiction enregistrée dans l’accélérateur de particules du CERN

Un programme spécial dédié à l’art chorégraphique au cinéma revient du 14 au 20 mars au BIEFF, avec notamment la création originale “Symétrie”, le premier film-danse/long-métrage-opéra tourné en Suisse, au CERN, un complexe accélérateur de particules, un puissant réacteur d’expérimentation dans le monde.

Des films d’avant-garde sur l’art chorégraphique au cinéma seront projetés du 14 au 20 mars au BIEFF Bucarest International Experimental Film Festival, dont la création originale “Symmetry”, le premier film de danse/long métrage-opéra tourné en Suisse, au CERN ( Organisation européenne pour la recherche nucléaire), siège du Grand accélérateur de particules – le réacteur/installation expérimentale le plus puissant jamais construit et le premier au monde en taille.

Cette année, les films de danse étaient réunis dans la séance thématique “About Love and Other Demons”, séance à guichets fermés lors de la dernière édition du BIEFF. Outre la section cinéma et danse, l’exploration de l’univers physique fait également partie du concours du BIEFF, dans le programme « Corps transgressifs ».

« Qu’elles soient culturelles, sexuelles, économiques ou psychologiques, les limitations auxquelles est confronté le corps humain provoquent des écarts à la norme qui méritent toute l’attention. Parfois célébrées, parfois discréditées, ces transgressions nous aident à comprendre plus profondément notre nature humaine », déclarent les organisateurs du BIEFF.

Art numérique, danse et physique s’entremêlent dans “Symmetry”, à la fois film-danse et film-opéra, dans lequel Ruben van Leer utilise magistralement la fusion de la chorégraphie et du son pour présenter les deux facettes de la compréhension humaine, le rationnel et l’émotionnel. Le film suit un chercheur travaillant avec passion sur la théorie du tout et la théorie de la plus petite particule. Ses efforts sont interrompus par la voix de la soprano Claron McFadden, qui le guide dans le monde intérieur – une métaphore de la façon dont la volonté de connaissance rationnelle jaillit des couches plus profondes du monde émotionnel.

Le chorégraphe Mor Shani s’engage dans une longue étude de l’intimité dans le « Love-isme », cherchant des réponses aux questions liées à l’amour et à la dépendance à l’égard d’un autre être humain, sur une échelle qui oscille du péché à la sainteté.

Dans « Une brève histoire de la folie », Isabelle Hayeur chorégraphie, en six images troublantes, les procédures psychiatriques pratiquées au Québec depuis un siècle et demi. D’un hospice victorien abandonné, à un entrepôt sale à la périphérie, et à la chambre d’un adolescent essayant (et échouant) de recréer un environnement familial, le réalisateur emmène le spectateur dans une exploration de la façon dont la société gère le terrifiant – mais fascinant – état de folie.

L’objectif déclaré de Gianni Grot de populariser le hip-hop en tant que forme de théâtre est brillamment réalisé dans “Memory Farm”, un portrait émouvant d’un jeune homme en quête d’amour et de sécurité. La chorégraphie chargée d’émotion crée une histoire fluide qui oscille entre le conscient et l’inconscient et est remplie de visions induites, vraisemblablement, par le contenu d’une seringue injectée dans une veine.

Canal de communication entre lui-même et l’extérieur, le corps traite les stimuli sensoriels afin de mieux communiquer, comprendre et fonctionner dans le monde qui l’entoure. Son apparente robustesse et sa clarté cachent cependant une fragilité et une relativité qui peuvent facilement déstabiliser son statut social accepté. Dans ce cadre, la programmation thématique compétitive « Corps transgressifs » rassemble des films qui dépassent les frontières du corps et de sa représentation cinématographique. Mélange d’art vidéo, de film de genre, de documentaire et de discours militant, la sélection explore, à travers des états corporels réels ou hypothétiques, des thèmes tels que la mémoire, la sexualité et la maturation.

Bertrand Mandico revient au BIEFF avec une autre histoire bizarre psycho-sexuelle, inspirée de “La Dame aux Hormones”. Utilisant une mise en scène décadente, pleine de vitalité, le film raconte une histoire érotique de rivalité entre deux actrices obsédées par un morceau de chair vivant et respirant. Véritable expérience surréaliste à la frontière des genres comme la comédie, le thriller et l’horreur, le film est une histoire « moralisatrice » sur l’impuissance de la nature humaine à dompter ses pulsions (primaires).

Un mélange de documentaire, de journal intime et d’essai cinématographique “Le proxénète et ses trophées”, de l’artiste visuelle Antoinettae Zwirchmayr, est un souvenir onirique des souvenirs d’enfance de l’auteur de son grand-père – l’un des proxénètes les plus célèbres de Salzbourg. Après avoir appris la passion de son grand-père pour la chasse, les «trophées» mentionnés dans le titre du film prennent une nouvelle vie, matérialisant du purgatoire de la mémoire à travers le processus de réflexion cinématographique.

L’artiste roumain bien connu Călin Dan revient dans la sélection du festival avec “Still Life, Poire gelée”, une œuvre qui entre dans le territoire conceptuel de l’art vidéo. Des concepts tels que la mémoire, la maternité et la forme architecturale se fondent dans un cycle symbolique de la vie décrit par l’accumulation progressive et l’éventuelle érosion d’une montagne de poussière blanche. En dessous de lui, une forme féminine, calme et contemplative, palpite au rythme de la vie, dans un temps et un espace indéfinis.

Dans “Parmi nous”, de Guido Hendrix, les aveux de trois pédophiles – dont l’identité reste cachée – révèlent des histoires personnelles de découverte, de répression et (impossible ?) de réconciliation avec cette pulsion. Jamais exploiteur ou sensationnaliste dans son approche de ce sujet controversé, “Among Us” offre une plate-forme impartiale pour explorer des traumatismes longtemps refoulés.

Dans “YOU’RE BORING!”, Vika Kirchenbauer lance un défi audacieux et furieux à l’esprit humain réprimé et retenu. Subversif et provocateur, “TU ES ENNUYEUX !” il vise à confronter le spectateur à ses propres limites intérieures, à ses propres émotions refoulées et à sa pudeur inhibée, tout en méditant sur la façon dont l’hégémonie culturelle consomme la « différence ». Sans brutalité, le film évoque un sentiment de réprimande douce à la politique de représentation pratiquée par la société normative contemporaine.

Source : Médiafax

Leave a Comment