bâton de comte (44)


Dans cet espace, vous pouvez lire des extraits de l’œuvre de Gheorghe Schwartz – CEI O SUTĂ – Le personnel du comte, publié par ED. ANCIENNES MAISONS EN 2012

Sans la vie des années 90, engloutie par l’instant même, celui sans passé et sans avenir, éternel, Ambrogio, Gémeaux, Anna Maria (la veuve de Puiu), Maria Anna-Magdalena (sa fille) et Filipo Emanuele, soi-disant . Luigi (leur fils) représenterait la dernière gare des Cent. La vie dans les années 90 ne se distinguait par rien de spécial, mais sans elle, la longue séquence ne pouvait pas continuer. C’est pourquoi le scribe, enregistrant son départ, ne s’est pas arrêté seulement au fils des Gémeaux : à sa surprise, le scribe, ces biographies de transit sont celles qui relient le plus étroitement l’ensemble.

dans la pièce jointe

Le château bleu

Des preuves documentaires ont été conservées sur le château bleu depuis les premières périodes de l’histoire connue. La légende sumérienne mentionne le palais bleu du roi Sumesava, un château à trois tours d’où l’on peut voir vingt-quatre étoiles, chaque tour ayant huit fenêtres qui se chevauchent. (Les vingt-quatre visions qui peuvent être vues de la fenêtre du deuxième niveau ne peuvent jamais être vues de la même tour.) Nous n’entrerons pas dans l’enseignement des mystères des vingt-quatre visions qui ne se rencontrent jamais, parce que le L’essence de cet enseignement fait partie du mystère des prêtres et est préservée de telle manière qu’une même signification a aujourd’hui différentes interprétations. Dans un tout autre contexte, le Château Bleu apparaît également dans d’autres civilisations, il apparaît toujours dans les couches successives de l’histoire, bien que son sens et sa perspective changent à chaque fois.

Notre sujet n’apparaît pas seulement dans les civilisations dites classiques. (On pourrait même dire que chez les Grecs, et surtout chez les Romains, le Château Bleu a fini par entrer dans la mythologie, un concept, pour ainsi dire. Ce n’est pas le seul cas : aujourd’hui quand on parle de l’Olympe, on pense d’abord à tout de la demeure des dieux, et alors seulement de la montagne sur laquelle n’importe qui peut entrer ; quand on parle de Troie, on imagine avant tout les héros d’Homère ; sans parler des nombreux autres toponymes que l’histoire a remplacés par les significations des civilisations primitives , ce procédé est tabou, dans les civilisations “classiques”, l’interdiction est plus subtile, les mots changent de sens, cachant non seulement des sens, mais aussi des lieux concrets. Le système de codage a toujours eu cet énorme défaut : l’apprentissage se perd dès l’instant où un accident – que l’on peut aussi appeler providence – enlève à jamais même les derniers initiés. Lorsque des civilisations entières disparaissent, leurs traces se révèlent après un siècle ou un millénaire et déchiffrées plus ou moins approximativement. Lorsque seul le sens disparaît, les choses peuvent rester à jamais cachées, comme un mur emballé dans un personne ne soupçonne qu’il y ait jamais eu de porte. A partir de la période de l’ère chrétienne, le Château Bleu n’apparaît, selon l’écrivain, que dans les allusions d’auteurs européens et dans des fragments de légendes tirées des épopées d’autres tribus. Cependant, il est toujours très précisément localisé, toujours ailleurs, toujours comme quelque chose qui va de soi en ce lieu, toujours comme un repère fixe dans l’environnement familier à tous. Ainsi, de l’antiquité à nos jours, des traces de dessins rupestres jusqu’à, disons, Platon, Origène le mentionne également (même deux fois, les deux fois ne le révélant au penseur qu’après de longues périodes de méditation), on le retrouve aussi dans la légende de Charlemagne, et dans la légende du Saint Graal aux Argonautes qui passèrent devant le Château Bleu à l’aube de leur grand voyage.

Il est impossible d’établir une bibliographie complète. Même une simple chronologie s’avère risquée. Dans certaines légendes anciennes, le Château Bleu disparaît après de longues périodes de transmission orale ou écrite, pour réapparaître aussi inexplicablement qu’il a disparu au cours de longues périodes de l’histoire. On commença à croire que notre sujet subirait bien des transpositions d’une légende à l’autre. Mais les choses ne sont pas comme ça : chaque fois qu’une localisation exacte était tentée en fonction du matériau dans lequel il se trouvait, il s’avérait que le Château Bleu était perçu dans les moindres détails, comme un repère obligé que le héros devait utiliser, sinon en son mouvement à travers la géographie de son destin, au moins comme un guide sûr pour un voyage important. Comme on peut également admettre que dans certains récits, le château acquiert d’autres nuances de couleur (liées), comme celles de la légende de Sir Gauvain et du chevalier vert (avec le château vert correspondant) ou dans le mythe qui se répand le long du Niger Vallée, après quoi le soleil passe toujours à côté du château violet. Mais – étrange ! – plus les nuances s’éloignent du bleu, plus l’emplacement du Château se rapproche.

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Que se passe-t-il à l’intérieur du Château Bleu et à qui appartient-il – est une autre question ! Habituellement le maître – s’il apparaît dans le récit… – est décrit et caractérisé, il devient un personnage.

Le château est un personnage sans mentionner de détails à son sujet. Le château ne porte que des épithètes conventionnelles : “magnifique”, “suprême”, “splendide”. Le château bleu semble sortir d’un dessin héraldique. Mais il ne symbolise pas. Il est.

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A l’époque des grandes découvertes archéologiques de la fin du XIXe siècle, la découverte de Troie n’est pas la seule tentative pour passer de la légende à certains vestiges matériels.

Schliemann a réussi. D’autres non. Le château bleu n’a pas pu être fouillé. On a alors affirmé qu’il ne serait jamais enterré dans le sable. Le Château Bleu a continué à chercher là où il ne pouvait pas être trouvé. Quelqu’un l’a identifié avec l’Atlantide engloutie. Mais l’hypothèse est vulnérable : le même auteur qui mentionnait l’Atlantide (sous ce nom) et parlait explicitement ou incidemment du Château Bleu, n’avait pas lieu de diversifier les noms d’une seule et même réalité. En fait, des légendes complètement différentes nous sont parvenues à propos des Atlantes. Ils n’ont rien à voir avec ce qu’on dit du Château Bleu. Nous préférons traiter de nombreuses perspectives. On nous raconte surtout par ceux qui ont regardé par les fenêtres du château ou ce qu’ils ont vu par ceux qui sont entrés dans les salles, lors de très courtes pauses. Aucun intrus n’a passé la nuit à l’intérieur pour revenir plus tard sûr à leurs pairs.

Un manuscrit arabe du XIe siècle trouvé à Tolède situe le château bleu dans la plaine sans fin de la péninsule ibérique. Le dossier parle d’un émir qui assiégerait le château, même s’il n’y aurait aucune résistance de l’intérieur. Mais ses soldats ont préféré prolonger le siège, par crainte d’un piège. Et ainsi le Château Bleu resterait assiégé pendant huit mois, et personne n’entrerait ni ne sortirait. Ce n’est qu’après cela que l’émir lui-même entrerait dans le château. Lorsqu’il s’approchait de lui, le pont-levis s’abaissait et le laissait passer. L’émir était accompagné de deux fidèles serviteurs. L’un est revenu au camp quelques heures plus tard. Deuxième jour. Le premier a refusé de dire ce qu’il a vu, mais se comporte autrement normalement. D’autres deviendraient complètement fous. Absolument rien ne pouvait être compris de ses paroles. L’émir lui-même n’a jamais été vu quittant le château. Le siège a été prolongé de huit mois supplémentaires, mais personne n’a osé entrer dans le château. Emir n’a pas réapparu.

Une légende similaire se retrouve sur le plateau de Podoliei. Ici, un noble qui est entré au Château reviendrait dans huit ans. Il reparaîtrait muet, mais avec un courage sans précédent. Il est apparu d’un endroit à l’autre, a fait de bonnes actions et a disparu avant d’avoir pu être récompensé. Bien que reconnu pour ses oeuvres dignes d’éloges, il est entré dans la mémoire de l’histoire comme un “Fou !”.

Dans la version Robin Hood, Little John se vante d’être “resté une heure” dans le Château Bleu. Même lui ne raconte rien de plus, mais il nous laisse comprendre que ce serait le prélude à un moment décisif de sa vie.

La Horde bleue de Tud Möngke avait un château que personne n’était autorisé à voir de l’extérieur (?). Le jeune homme Muhammed, adepte de l’Islam dès le début de la période Batuiz, commettra un sacrilège en admirant le Château Bleu, après quoi il parcourra le monde trois fois pendant huit ans. À la fin, il a été pardonné et laissé pour mort.

Le nombre de légendes est infini. Comme trois fois huit fenêtres d’un château sumérien. Ou comme les légendes elles-mêmes. Mais ceux qui sont entrés en contact avec le Château Bleu ne s’en sont pas toujours sortis aussi bon marché que ceux mentionnés jusqu’à présent. Parfois, les héros sont passés par des déguisements encore plus profonds : Ulbricht von Nürenberg, un ménestrel du XIIe siècle, nous a raconté l’histoire d’un chevalier qui a parcouru le monde pour trouver une preuve d’amour afin de pouvoir déposer à ses pieds la dame de son cœur. Entre autres choses, il est entré dans le Château Bleu (situé au sommet d’une très haute montagne). Après son retour, le jeune homme n’a pas reconnu sa petite amie, violant ses autres obligations chevaleresques. Il a été exilé et a disparu à jamais, apparemment toujours dans un château situé sur la même très haute montagne.

Dans un mythe assez répandu du fou devenu fou, certaines populations orientales parlent d’un héros qui entrerait dans un palais complètement et totalement bleu, d’où il deviendrait fou. Mais sa “folie” avait d’étranges propriétés : il voyait tout de dizaines de manières différentes, toujours différentes et toujours différentes de ses pairs. Il reste une menace éternelle qui a tendance à apparaître de temps en temps, de manière imprévisible, attaquant encore et encore, sans discernement. Comme le destin. De plus, le destin lui-même est parfois identifié au jeune homme qui a visité le château bleu.

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Si dans toutes les histoires connues le Château Bleu est soigneusement situé géographiquement, sa signification n’est jamais certaine. Qui l’a construit et pourquoi restent généralement des questions nées avec la “fondation”. Le château est là où il a toujours été.

Le scribe a mentionné la légende de trois fois huit visions qui ne se croisent jamais. Le Château Bleu ne peut être visité que par une seule porte, mais lorsque vous entrez, vous constatez que toutes ces vues différentes s’ouvrent à vous. On dit que ce fait même recèle (était ?) un grand danger : avec des images éparses, chaque être, chaque objet, chaque phénomène acquiert des significations multiples, capables de troubler l’esprit de ceux qui ont fait de telles découvertes.

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Une anthologie des légendes de Blue Castle est nécessaire, même s’il est évident qu’une telle approche serait impossible. Chaque légende a des dizaines de variantes, certaines sont concentrées en un seul mot (parfois avec des significations et des références perdues), d’autres sont réparties sur des centaines de pages, sans déclaration explicite qu’elles se rapportent à notre sujet.

La seule possibilité d’entrer dans ce bosquet est identique à la seule possibilité de regarder depuis le Château : un choix au hasard et la poursuite du chemin selon ce choix.

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